2015-12-04



A la veille du premier tour des élections régionales, plongée au coeur d’une région qui emploie 3 054 agents, dont 2 248 dans les lycées. Que font-ils et comment ? Reportage auprès de quelques-uns de ces fonctionnaires territoriaux.

«Il faut savoir décider»

Jacques Auxiette, qui préside la région.

«Je fais partie des meubles», sourit Jacques Auxiette, entré dans la maison en… 1977 ! Depuis 2004, le patron PS de la région, c’était lui. «Il faut aussi savoir décider et s’assurer que ce soit mis en œuvre», martèle le futur retraité, 75 ans depuis hier. Si le rôle du conseil régional est d’adapter les directives nationales ou européennes aux spécificités du territoire, chaque président fixe les orientations politiques et imprime sa marque. «La région n’est pas que le prestataire de service de l’Etat, défend Auxiette. Moi, je suis un entrepreneur d’actions publiques.» Un bâtisseur, même, dont la plus grande fierté est d’«avoir contribué à la réindustrialisation des Pays de la Loire». Dans son bureau, les cadeaux parlent d’eux-mêmes : une truelle offerte pour la pose de la première pierre d’un centre de formation (CFA) ; un morceau du câble sous-marin qui relie le très haut débit du continent à l’île d’Yeu… Le 18 décembre, Jacques Auxiette emportera ces souvenirs d’une vie. Et il tournera la page en «regardant couler la Loire».

«On accompagne de plus en plus»

Hervé Lemperière, qui aide les entreprises.

L’accès à l’immeuble est interdit à qui n’a pas la clé. Au 1er étage, un labyrinthe de couloirs irriguent une myriade de petits bureaux. «Chargé de mission financement des entreprises», indique la plaque posée sur une des portes. Inutile de chercher ici une cachette à subventions. «On donne de moins en moins, on accompagne de plus en plus», résume Hervé Lemperière, qui a quitté le privé il y a dix-sept ans. «Ce qui me tentait, c’était d’aider les entreprises en gommant le côté marchand du privé.» Au plus fort de la crise, alors que les chantiers navals de Saint-Nazaire étaient près de couler, la région a lancé une bouée de sauvetage : un vaste plan de formation a été orchestré, évitant aux salariés le chômage technique, voire les licenciements. Et favorisant les reconversions dans les énergies marines renouvelables, secteur dans lequel les Pays de la Loire sont aujourd’hui à la pointe.

Parallèlement, face aux banques qui opposaient une fin de non-recevoir à des PME fragilisées, le conseil régional a mis en place les prêts différés : l’entreprise ne commence à rembourser qu’au bout de la 4e année. «Il s’agissait de les aider à passer le trou d’air», justifie Hervé Lemperière. Il y a trois ans, l’accompagnement a été étendu à de jeunes PME pour se développer. Les banques, rassurées par la participation de la région, poussent dans le même sens. «Ça crée un effet de levier», se félicite Hervé Lemperière. Le conseil régional pose aussi ses conditions. Le «contrat de progrès» passé avec l’entreprise insiste sur le respect de la parité, l’égalité hommes-femmes, la lutte contre les disriminations, le développement de l’emploi et de la formation. « Donnant-donnant, gagnant-gagnant», résume-t-il.

«Une partie de Mikado»

Cécile Colombo, qui fixe les horaires de train.

Le premier T2 de la journée part à 6 h 29 de Nantes et arrive à 6 h 57 à Clisson après avoir desservi six gares. Et c’est ainsi jusqu’à la fin du service, à 22 h 4. Tous les jours, 447 trains circulent sur les 20 lignes du réseau ferroviaire des Pays de la Loire. Changer un seul horaire impacte tout le trafic. «C’est comme une partie de mikado», résume Cécile Colombo, chef du pôle dessertes et périurbain à la Direction des transports de la région. Chaque année, de nouvelles liaisons — comme la réouverture de la ligne Nantes-Châteaubriand — viennent tout chambouler, et imposent de revoir la grille horaire. Les voies du Nantes – Sainte-Pazane, qui assure la liaison avec Pornic, au nord, et Saint-Gilles-Croix-de-Vie, au sud, ont, elles, été rénovées. «On avait des beaux trains qui roulaient au ralenti, comme des Formules 1 sur un chemin de terre, relève Cécile Colombo. Ils sont passés de 60 km/h à 140.» Cette densification, il faut la cadencer… et la coordonner avec la SNCF. Un véritable casse-tête qui passe par des consultations régulières auprès des habitants pour répondre au mieux aux besoins… et leur faire préférer le train.

«Je pilote le chantier du lycée Monge»

Stéphane Loirat, qui supervise l’entretien du patrimoine immobilier.

Stéphane Loirat sort du préfabriqué monté dans l’enceinte du lycée Monge-la Chauvinière (Nantes). Depuis le mois d’août, les grues éventrent le site tandis que les élèves sortent de cours à 10 m de là ! Les ateliers pédagogiques de cet établissement professionnel sont en train d’être reconstruits. Une fois par semaine, le trentenaire suit l’avancée des travaux. Il doit s’assurer que le budget (4 M€) et le calendrier (livraison des nouveaux bâtiments à la toussaint 2016) seront bien respectés par les quinze corps de métier engagés sur ce mégachantier. «Je suis le pilote», résume le jeune homme, titulaire d’un DUT génie civil et diplômé d’une école d’ingénieurs. La direction du patrimoine immobilier fait appel à tous types de métiers — architectes, ingénieurs, techniciens, énergéticiens — pour des chantiers de construction, de mises aux normes ou d’entretien. Et ce, pour des bâtiments aussi divers que les 26 lycées des Pays de la Loire, le Technocampus près de Nantes, la Maison de la biodiversité de La Roche-sur-Yon, l’abbaye royale de Fontevraud… En tout, 2 millions de mètres carrés !

«Je ne suis jamais sortie de l’école»

Je ne suis jamais sortie de l’école, qui est chargée de l’entretien d’un lycée.

Elle est fière comme une bachelière, Evelyne Soussé. Fière de travailler au lycée Mandela, inauguré à la rentrée 2014, qui accueillera l’an prochain 1 600 élèves. Un paquebot de bois et de verre, et le plus grand bâtiment public «basse consommation» de France. Evelyne encadre le service entretien. Une belle évolution de carrière pour cette femme de 52 ans qui a commencé simple lingère, il y a trente-cinq ans. «Je n’ai jamais quitté l’école», sourit-elle. Sous sa baguette, 17 personnes nettoient, frottent, récurent. Son équipe, elle l’a répartie par secteur, «au m²», selon un ballet bien réglé. Car le lycée Mandela accueille aussi un internat. Et gare à celui qui rechigne : «Les pauses ne traînent pas en longueur», prévient-elle, avec le souci de préserver «une bonne ambiance, pour que ça tourne». Lors du grand ménage, pendant les dernières vacances scolaires, son équipe a jeté son dévolu sur les escaliers. «Ils étaient bruts, les cheveux accrochaient…» raconte cette énergique quinqua.

Les queues de cheval des élèves virevoltent, en effet, dans le grand hall lumineux du lycée. C’est l’heure du déjeuner. A la manoeuvre, le chef cuisto, Christophe Colin, a une obsession : le «plan alimentaire imposé dans tous les établissements. Traduire : repas équilibré validé par les diététiciens. Il l’applique avec un certain zèle : «On pourrait servir des frites trois fois par semaine. Ici, c’est deux fois.» Au menu concocté ce midi-là, des… topinambours poêlés.

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Collectivités : mais qui fait tourner la région ?

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